Nouvelle fractale 2

Publié le par Torquato Denova

Je frappe un coup sur la porte. Personne ne répond. Je suis monté à pied au troisième étage et je me retrouve pantois, à attendre comme un con. Il va falloir que je me tape une nouvelle fois l’escalier pour redescendre. Ce cher Rodrigue n’a pas le téléphone et n’est jamais chez lui. Je redescends. J’avale les marches deux par deux. Je vais pour remonter dans ma voiture quand je le vois qui arrive avec ses deux chiens. Il s’occupe de ses chiens comme des enfants. Il n’a pas eu encore l’occasion d’en avoir malgré ses quarante quatre ans.
- Salut Piedro, tu viens me rendre visite ?
- Bah je crois bien, je ne connais personne d’autre ici.
- Alors je t’invite à boire un café.
Nous remontons au troisième avec les chien qui jappent et qui aboient. Quel raffut ! Étonnant que les voisins ne se soient pas encore plaints au proprio.
Il m’invite à m’installer près de la table. Je vais chercher une chaise pour m’asseoir. Voila un bon moment que je ne l’avais pas vu mais il me donne l’impression que c’était hier. Son style est toujours détendu mais aujourd’hui il a l’air nerveux.
- hé ho, Rodrigue, qu’est-ce qui t’arrive ? Tu me sembles bien tendu.
- Bof, j’ai encore des problèmes de tune. C’est ma caisse qui est tombée en panne.
J’aurais du m’en douter. Vivre avec un RMI n’a rien d’évident. Il a du mal a joindre les deux bouts et il n’a pas de famille pour l’aider. De plus, il n’est pas du genre à emprunter à ses proches. Il est débiteur dans pas mal de banques et rembourse chaque mois de l’argent aux huissiers.
- Comment tu vas faire ?
- Je n’en ai pas la moindre idée. Mais vu le coin paumé où j’habite, il faut absolument que je fasse réparer ma tire. J’attends de toucher mon RMI pour aller retirer du fric à la poste.
- Et tu ne peux pas faire un chèque en demandant qu’il soit encaissé plus tard ?
- Je n’ai pas de chéquier, je suis interdit bancaire pour quatre ans encore.
C’est ça la vie de RMIste. C’est une chance quand on a encore les moyens de bouffer et de payer son loyer, si on a réussi à rentrer dans le logement. Il n’y a aucun d’avantage à être pauvre que ce soit ici ou ailleurs. Quand on est pauvre, que soit au Nord ou au Sud, de l’Est ou de l’Ouest, c’est internationalement vrai qu’on est désavantagé en tous points. Le pauvre des pays du Nord n’est guère plus riche que celui du Sud. Laissons ce genre de comparaison aux politiciens bourgeois. Allez faire un tour sur le site des « amis d’AC! Le réseau » ( http://www.ac-reseau.org ) et vous trouverez toutes sortes de descriptions sur la vie infernale des RMIstes. 
- T’as pas pensé à faire des petits boulots ?
- Mais j’en ai fait, le problème c’est que j’arrivais à peine à rentabiliser l’affaire avec tout le diesel que ça me coûtait
- Et t’as pas pensé à te loger plus près de ton lieu de travail ?
- Ce n’est jamais le même lieu de travail, j’arrive pas à trouver un boulot stable. De plus je n’ai trouvé à me loger nulle par ailleurs, les proprios ne voulaient pas de moi.
- Mais tu gardes le moral ?
- J’essaye.
- T’as rien pour écouter de la musique ?
- Trop cher, et après il faut payer la facture d’électricité.
Chienne de vie pour un RMIste. Dire qu’il y en a qui prétendent que c’est la panacée. S’il le pensent vraiment, qu’ils abandonnent tout pour se mettre au RMI. On verra bien s’ils tiendront, après, le même discours.

A suivre

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J
Eh oui ! <br /> Mais il y aura toujours des gens pour tenir ce discours. Bravo pour ton texte très réaliste.
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