Nouvelle factale 1
" ça y est, tu l'a laché le mot qu'il ne fallait pas dire : 'facho'. Tu l'a lancé au détour d'une phrase, comme emporté par un ouragan.
Il s'en est offusqué, il t'a menaçé. Mais tu n'a pas bronché. Cela te faisait plaisir de le voir la ramener de la sorte. Tu jouissait de le voir si faible devant une tournure de phrase."
Le diffuseur de pensée me donne des hauts le coeur. Mais je n'ose pas l'interrompre. Je suis comme saisi par les ondes qui traversent mon cortex. Je passe sur le canal 2.
Une voix grasse m'interpelle.
"Ne cherche plus : tu as trouvé ton maître à penser. Il te dira ce que tu veux entendre et il te soufflera ce dont tu ne veux pas."
Ces mots me ramènent à la découverte que j'ai faite il y a quelques jours. Un auteur que je ne connaissais pas jusqu'alors. J'enchaine les canaux les un après les autres. Toujours les mêmes thèmes.
Je l'arrache des deux mains. Je viens de foutre en l'air mes cinq cent dollars.
Je ne peux pas dire que j'étais satisfait du produit. La publicité était pourtant allèchante : "Faites le mènage dans votre pensée, changez la pour celle de quelqu'un d'autre"
Depuis son invention, le diffuseur de pensée a séduit des millions de personnes. Comme se fait-il qu'autant de gens ne soit pas satisfaits d'eux-mêmes au point d'opter pour un changement radical de leur personnalité ?
Le principal reproche qu'on fait à cet appareil est que tous ceux qui l'utilisent finissent par penser la même chose. Je suis assez surpris je dois dire, d'avoir resisté à cette technologie réputée infaillible.
J'aurais pu me faire rembourser si je n'avais pas cassé le casque. Tant pis pour mon fric.
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Ce matin le Daily Telegraph titre sur le énième suicide collectif organisé par des opposants au diffuseur de pensée. Comme si la fin du monde n'approchait pas assez rapidement et qu'il fallait prendre les devants.
Je bois mon café et fume une clope en lisant mon journal. Je vais être encore en retard au boulot mais je préfre prendre mon temps.
L'article donne les motivations des suicidés. Dans une petite commune de l'Alaska, la justice a du intervenir pour faire condamner les membres d'un comité des fêtes qui avait décidé d'organiser une réunion afin de se préparer à un suicide collectif, explique le journaliste.
J'ai comme l'impression qu'il fait la part belle aux idées qui poussent des milliers de gens au suicide depuis quelques années.
Je pose mon journal. J'allume ma radio avant d'aller prendre ma douche. C'est l'heure de la chanson pop. Le chanteur affirme en rimes qu'il gardera ses idées quoi qu'il arrive. Certains disent qu'il a écrit cette chanson après avoir eu des problèmes avec le fisc. Quelques vers de poésie me reviennent à l'espirt.
"Pluton cratère infernal,
ta pensée diverge,
sur une planète inconnue,
mais tu reste toi même.
Quoi qu'il arrive,
ton esprit reste tien."
Je me souviens des années 2000, à la grande époque de la télévision. Déjà les radicaux dénonçaient la pensée unique. Mais ils avaient encore, en ce temps, l'espoir d'autres lendemains.
De nos jours les radicaux et les démocrates sont devenus nihilistes. Pas à la manière des nihilistes russes du IXX siècle. Après avoir abandonné tous les systèmes de pret-à-penser, ils ont fini par abandonner toute idée d'un futur possible.
Comme s'il n'y avait pas une marge entre la pensée totalitaire et l'abandon de toute réflexion sur l'avenir. Mais c'était un choix politique qui avait pris ses racines dans "la fin de l'Histoire". Les institutions existantes aurait atteint leur degrès supprème d'évolution. Et comme elles étaient en echec pour le plus grand nombre, il ne restait plus qu'à lui laisser le choix entre la pensée unique et l'autodestruction.
Des chercheurs, aux alentour de 2025, ont sortis la géniales invention qui allait régler le problème socio-politique : le diffuseur de pensée.
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Il est huit heures du matin. Une marée humaine envahit la ville. Elle s'éveille comme un soleil sur le sommet d'une montagne. Des milliers de pieds usent le macadam, comme pour y creuser un canyon. Des voitures claxonnent les piétons qui traversent la route.
Aniélo, le vendeur de café ambulant, tire sa charette.
A suivre